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le zen et la culture occidentale taiten guareschi ( Extrait de

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le zen et la culture occidentale taiten guareschi ( Extrait de

Message  floraison le Sam 24 Avr - 22:07

Les nouvelles formes de présence bouddhiste dans les pays de l'Ouest posent à ceux qui les ont apportées de multiples problèmes. Comment une tradition exigeante et multiple peut-elle s'implanter dans une culture où, un apologue le dira, elle apparaît presque comme un objet extra-terrestre? Il y faut un long travail des Maîtres bouddhistes pour recevoir des éléments de la culture occidentale sans rien perdre de l'orthodoxie de leur tradition. Mais au long des siècles, le bouddhisme a plus d'une fois réussi à s'inculturer de la sorte. Un de ses secrets est de réussir la difficile alliance entre sa visée profonde et les demandes immédiates d'aide qu'il rencontre de la part d'une humanité qui souffre. Dans les monastères bouddhistes occidentaux, ces forges spirituelles, s'élaborent ainsi de nouvelles formes religieuses. Posant le problème du bouddhisme dans son ensemble, cet article évoque surtout ce qu'il advient au Zen, largement remis aujourd'hui entre les mains des Européens.

" Me voici venu à l'origine dans ces contrées pour communiquer et transmettre l'enseignement (Dempo) et pour sauver les êtres sensibles qui souffrent. Une fleur s'ouvre, cinq pétales forment un fruit qui mûrit sans effort ". Ce poème attribué au légendaire Boddhidarma donne la mesure de l'esprit missionnaire incarné dans l'idéal bouddhiste (1). Il serait ardu, et même inopportun, d'en tenter ici un commentaire, sinon par cette autre parole qui en montre tout le relief: " Dès l'origine je suis cette terre où se communique le Dharma, l'enseignement qui aide et qui sauve tous les êtres qui souffrent ".

L'Arhat, cette figure du Saint dans le bouddhisme primitif, semble contredire la déclaration mahayaniste de Boddhidarma (2), Ecoutons cette stance du Sutta Nipata, un des textes les plus anciens: " Il n'existe aucune manière qui me permette d'émanciper les hommes qui souffrent dans ce monde. La seule manière par laquelle vous pouvez outrepasser le courant des passions est de connaître la plus haute vérité de la vie ". Pour autant que l'Arhat apparaisse entièrement tourné vers la réalisation de sa propre émancipation, lui comme tous ceux qui s'immergent dans la solitude de l'ermitage, comme aussi ceux qui demeurent dans le tumulte confus des foules, sont conscients de l'effort direct et irremplaçable qui les rapproche. Ou plutôt, ils sont conscients du même et unique Eveil qui les rapproche, c'est-à-dire d'être dotés depuis l'origine d'une même nature, celle de Bouddha, et de l'incarner.

Plus récemment, Dogen Zenji répétait: " Promouvoir l'esprit d'illumination, c'est se vouer au salut de toutes les existences, les aider à passer sur l'autre rive avant nous-mêmes " (3). Bodai Shin, l'esprit d'illumination, équivaut à la profonde connaissance que tout est fugitif et transitoire, ce qui existe comme ce qui n'existe pas; c'est éclaircir " la longueur d'un instant ", rapide apparition et disparition dans l'océan de la vacuité la plus absolue, " existence merveilleuse ", fleurs faites de ciel... Séduits par le rêve d'avoir trouvé là une religion avec un enseignement athée, scientifique et rationnel, beaucoup d'Occidentaux se sont rapprochés de la méditation. Déjà vers la fin des années 1960, Taisen Deshimaru Roshi avertissait: " Sans esprit religieux, Bodai Shin, la méditation, le Zazen, est un jeu; c'est comme construire une tour sur le sable ". Son enseignement à lui ne prête à aucune équivoque, il est méditation en tant que: Dharma de paix et de suprême félicité, pratique et réalisation d'un Eveil parfait. Il existe un domaine dans lequel Maîtres et disciples se rencontrent, un champ dans lequel leur relation mûrit et dans lequel tous deux travaillent à la croissance d'une graine: le vrai Dharma, le Shobo. Ici, nous parlerons du bouddhisme Zen, celui de l'école Soto, effleurant à peine le bouddhisme tibétain,

l'inculturation d'un legs exigeant

La position, les tendances, les manifestations du bouddhisme en Occident sont tellement disparates qu'entre des extrêmes parfois radicalement opposés existe une riche série de nuances : toute l'histoire et toutes les écoles du bouddhisme réapparaissent sur ce sol neuf, où il essaye de se transplanter. Il s'agit pour lui de s'insérer dans la culture, d'une " inculturation ".

Disciple direct de Suzuki Roshi, et lui-même Maître en troisième génération, Tenshin Anderson décrit de manière concise la mission du Maître: " Notre fondateur, Suzuki Roshi, a planté une graine de la Voie du Bouddha en Amérique. Il nous a laissé un legs exigeant “, la maturation de cette plante vitale et fragile. Je ressens comme notre responsabilité de vivre en contact étroit avec l'enseignement et la pratique de nos prédécesseurs. En même temps, nous sommes appelés à créer de nouvelles formes de bouddhisme, pertinentes pour notre époque et répondant aux nombreuses questions urgentes posées par la société à l'égard d'une vie spirituelle ". Ce lourd héritage a de quoi rendre les héritiers quelque peu nerveux, conscients qu'ils sont de l'importance du devoir qui leur incombe, sans traditions mais avec tant de coutumes sur les bras... Ce n'est en rien le cas de ce leader expérimenté qu'est Deshimaru Roshi, plein de foi et de vigueur sereine; peu d'années après le début de sa mission, il s'adressait à ses disciples : " J'apporte la graine du vrai Zen, je veux voir ce que les Européens vont en faire ".

Guarisco Elio, lui, jeune leader du courant tibétain, loin des tentatives d'institutionnalisation qui marquent une bonne partie des écoles, écrit: " En Occident, le bouddhisme est en train de passer dans les mains des Occidentaux... Nous en verrons des figures diverses... Pour simplifier, il faut distinguer le bouddhisme tibétain de celui du Sud ". Quoique le bouddhisme Zen ait pénétré aux Etats-Unis vers la même époque que celui du Tibet, par quelques traces sporadiques tout d'abord, il est vrai que l'importance et la réelle solidité des deux courants du Zen, Soto et Rinzai, est encore toute à vérifier. Il en va de même en Europe. C'est seulement en 1967 que Taisen Deshiniaru arrive à Paris et il est pratiquement le premier véritable leader bouddhiste Zen; peu de temps après, sa mission commence à s'affirmer. C'est en général la générosité et l'audace du leader lui-même qui est l'élément prédominant, mais, aux Etats-Unis, la forte présence des immigrés japonais a joué aussi un rôle. Dans le cas du Tibet, le fait que certains pays tels la Suisse, la France, l'Angleterre, les Etats-Unis, aient offert l'asile politique aux réfugiés, fut important pour l'implantation de la communauté bouddhiste.

Comme toute autre foi religieuse, le bouddhisme connaît les divers problèmes que pose l'insertion dans une autre culture. Mentionnons-en ici quatre: le statut des relations entre Maître et disciples; le maintien de l'orthodoxie dans la transmission et l'enseignement; ce qui est acceptable par le bouddhisme, c'est-à-dire ce que les Maîtres garants de l'orthodoxie sont disposés à recevoir et à justifier au sein des cultures religieuses, sociales et populaires de l'Occident; enfin, la question de savoir comment les Occidentaux regardent le bouddhisme.

peut-on transplanter le dharma?

Permettons-nous une métaphore: transplanter le vrai Dharma équivaut à transporter un oeuf. Pouvons-nous transporter l'essence, le jaune d'oeuf, en nous dispensant de transporter en même temps l'albumine et la coquille? L'orthodoxie bouddhiste (Shobo) peut-elle se transplanter sans superstructure, et survivre sans en emprunter ou plutôt sans s'en créer de nouvelles? Le problème est réellement complexe et il faudra probablement beaucoup de temps pour que le processus entier se développe.

Aux Etats-Unis, Chogyam Trungpa Rimpoche a été à l'origine d'un mouvement indiscutablement de grande importance. Il n'a pas hésité à dire: " Si l'approche de la spiritualité est basée sur l'enrichissement de l'ego, alors c'est du matérialisme spirituel, un processus qui est plus suicidaire que créatif ! ". Les Maîtres ne savent pas dissimuler une discrète appréhension quant à l'aptitude encore incertaine des Occidentaux à recevoir leur enseignement. Ils perçoivent un danger subtil, mais aussi la fertilité possible de cette nouvelle situation. " Je pense, disait Deshimaru Roshi, que les Européens sont très intelligents et qu'ils trouveront le chemin vers une troisième civilisation, une civilisation équilibrée ". Et, ajoutant un nouvel élément, à savoir la dégénérescence de la doctrine dans les pays d'origine, il ajoutait: " Les moines japonais ne peuvent plus enseigner le Zazen et ils disent que les Européens aiment les antiquités japonaises! ". Le leader fait un constant effort pour se situer au delà des superstructures culturelles propres au pays d'origine, mais il est conscient des difficultés inhérentes à cette opération. Il est sensible aux carences et aux excès d'une culture dans laquelle il se trouve devoir transmettre sa foi, et se trouve dans la difficile position de celui qui doit véhiculer celle-ci d'un pays où, très souvent, elle n'est plus comprise, ou bien a disparu dans les replis du folklore, vers une civilisation dans laquelle manquent les compétences et les capacités pour l'accueillir. " Le Zen est la tradition, mais n'est pas seulement cela, continuait Deshimaru Roshi, le Zen doit créer un nouveau dynamisme... L'équilibre est primordial. Trop de spiritualisme.., n'est pas l'équilibre, trop de jouissance, de plaisir... n'est pas non plus l'équilibre. Vous devez trouver l'équilibre dans votre vie, dans votre corps et dans votre esprit, et non pas seulement pour vous-mêmes ". La vraie éducation ne s'adresse pas qu'au mental: les Maîtres Zen ne veulent pas travailler la conscience par le mental. A travers le corps, la posture, les manières, le rituel, l'éducation s'adresse à l'être tout entier.

Bien que l'observation suivante soit connue, il n'est pas inutile de rappeler qu'une sorte d'oscillation, de vibration de la conscience situe artificiellement et constamment l'individu, ou la personne, en-dehors du domaine ou du contexte dans lequel il vit, séparant ainsi la forme de la substance, le corps de l'esprit... Pour le bouddhiste, l'ego est vide, le corps et l'esprit qui forment l'ego (les cinq skandas ou cinq agrégats) sont vides (4). La suprême sagesse (Prajna Paramita) est synonyme de vacuité. Mais cet ego n'est pas pour autant une entité suspendue dans le ciel des phénomènes. Tandis que l'Occidental oscille constamment, avec une extrême facilité, d'un domaine objectif à un domaine subjectif, l'Oriental trouve souvent naturel de se situer dans un " troisième domaine ", où s'exprime une relation permanente d'interdépendance entre les deux premiers. Nous en avons confirmation dans les modes linguistiques et dans certaines dimensions culturelles. C'est ainsi qu'on peut comprendre l'importance que certains Maîtres modernes donnent à la pratique de la méditation assise, tel Deshimaru Roshi: " Zazen a pour effet de réaliser l'harmonie avec le système cosmique, par l'abandon de l'ego et l'action du corps ". L'enseignant religieux ne veut pas travailler la conscience seulement par le mental.

concilier le mondain et l'extra-mondain

Yasuaki Nara, l'actuel vice-président de l'Université de Komazawa à Tokyo, mène une recherche sur l'insertion du bouddhisme dans les cultures. " Qu'il s'agisse du bouddhisme ou du christianisme, écrit-il, les funérailles et le culte des ancêtres sont des problèmes importants qui ont toujours provoqué l'élite des leaders à ouvrir des passages significatifs entre la foi et les éléments populaires ". Et encore: " Prenant ce fait en considération, j'établis qu'il y a deux niveaux selon lesquels il faut discuter de l'insertion dans les cultures l'extra-mondain, Lokottara, et le mondain, Laukika. Selon la tradition culturelle non doctrinale du bouddhisme, l'élite a reconnu le premier de ces niveaux comme le vrai bouddhisme et l'a tenu en haute considération, tandis que le second, constitué des idées et des pratiques de la religion populaire, était considéré comme non bouddhiste et donc à éviter ".

Dans l'un de ses brefs écrits, le professeur Nara critique le processus d'inculturation du bouddhisme advenu dans son propre pays. Il montre qu'un fossé culturel a rendu incapable de faire coexister harmonieusement Laukika et Lokottara, en ne retenant que ce dernier comme digne d'intérêt et comme vrai. Ce serait là un trait propre de la religion bouddhiste, indépendamment des époques et des lieux. Mais beaucoup d'éléments liés au niveau mondain apparaissent comme socialement inévitables.

Or, ironie de l'histoire, l'orthodoxie religieuse primitive, celle du bouddhisme de Dogen, fut obligée, afin de se faire comprendre et de prendre racine, d'intégrer des croyances folkloriques et des usages locaux dans son corps de doctrines et de rites. Cela s'est produit partout où le bouddhisme s'est propagé. Bien qu'apparemment inconciliables, beaucoup d'éléments ont été ainsi " bouddhistisés" et ce processus a souvent permis de rendre plus vivace l'ensemble de la pratique et de la doctrine. Selon Nara, il s'agit d'aider la foi à prendre racine dans une société et à y demeurer. Ne serait-ce pas là une des caractéristiques particulières du courant Mahayana dont le Zen fait partie? Les deux niveaux, mondain et extra-mondain, sont-ils réellement aussi contradictoires et opposés? Ils le sont, certes, d'un point de vue doctrinal. Mais s'occuper de ce qui advient après la mort de l'homme serait-il inconciliable avec le fait de vivre aujourd'hui, en ce monde, dans la paix du coeur (Anjin)?

Evoquons seulement que, lorsque la doctrine n'est pas encore idéologisée, on y trouve spontanément " la vraie personne sans aucun rang " de Rinzai, l'Unsui, " nuages et vents " ; c'est la personne sans noumène ni aucune idée dogmatique, sans conviction ni affection ni sentiments en elle, pareille au trésor qui change de couleur, sans modèle ni rien qui puisse la définir ou permettre de la saisir.

comment cheminer ensemble?

La question qui maintenant se pose est celle-ci: que doit intégrer lé bouddhisme de la culture occidentale? On y répondra de manière indirecte.

Bouddha disait: " Le Dharma est une lumière dont vous pouvez être dépendants. Le moi est une lumière dont vous pouvez dépendre, mais ce moi est réellement basé sur le Dharma ". La rigueur de cet enseignement en a permis la portée. Plus la discipline est rigoureuse, plus elle définit un espace de tolérante liberté: on trouve ici un espace de dignité, une " approche de la spiritualité " qui, si elle n'est pas un " enrichissement de l'ego ", est souvent une gratification pour l'ego (Hakarai), un instrument pour la satisfaction de celui-ci.

En fait, les deux niveaux sont bien situés sur des plans différents et c'est pourquoi ils sont compatibles. Dans l'un et l'autre registre, les souffrances de la vie peuvent être apaisées, même si les voies pour ce faire sont opposées. Ce qui a permis au bouddhisme de s'insérer dans les cultures des pays asiatiques et qui, en même temps, a nourri et entretenu la foi elle-même, ce furent ces éléments qui apportent diverses formes d'apaisement de la souffrance humaine à un niveau ordinaire, gratifiant pour l'individu. Quels sont ces éléments en Occident? Il semble difficile de le dire, car ils proviennent souvent de la rencontre même des deux niveaux.

Katagiri Roshi, arrivé aux Etats-Unis voici 25 ans et qui a établi son Centre depuis 10 ans dans le Minnesota, pense que " si le bouddhisme est accepté simplement comme une psychologie, il ne poussera pas de racines dans la vie américaine. On y trouvera certes, pendant un temps, quelque satisfaction et quelque intérêt... La psychologie et la philosophie, si fantastiques soient-elles, ne fournissent guère, que je sache, une parfaite sécurité religieuse ". C'est là un point de vue partagé par des leaders bouddhistes. Déjà vers la fin du XIX siècle, quelques érudits occidentaux qui étudiaient le bouddhisme avaient répandu l'opinion que celui-ci est profondément différent de ce que l'on connaît ici: ce serait une religion non révélée où semble manquer la prière. Mais le Roshi affirme: " Dans le bouddhisme existe Dhyana, qui signifie Zazen, la méditation, et Dhyana est exactement semblable à la prière ".. Globalement, cette thèse semble acceptée par le catholicisme, mais ce débat montre quels efforts doivent faire les leaders pour traduire leur expérience. Katagiri disait un jour à quelques leaders occidentaux de l'école Shoto, réunis pour un séminaire (une Sesshin) dans un monastère japonais: " Il ne faut ni détruire ni altérer les saveurs des différentes écoles... Le christianisme, c'est le christianisme. Il ne peut pas plus entrer dans le bouddhisme que le bouddhisme dans le christianisme... Nous ne pouvons pas tout mélanger... Celui qui devient bouddhiste ne peut pas ignorer le christianisme. La question reste: comment cheminer ensemble? ". Grande et inévitable question, à laquelle tôt ou tard tout homme, du moins tout religieux, est tenu de se confronter dans son urgence exaspérante.

On ne prive pas quelque réalité que ce soit de ses structures ni de ses superstructures. Nous ne saurions imaginer notre existence simplement accrochée au ciel. Mais il est vrai que ces structures créent des barrières, souvent des murs: " Nous n'arriverons jamais à cheminer ensemble pacifiquement à travers de simples discussions... J'ai toujours senti qu'il y a un mur entre le bouddhisme et le christianisme. On essaye de le démolir, mais c'est impossible ". Casser ce mur, ce serait réaliser la transparence. Or, les leaders se sont rapidement rendu compte que le bouddhisme n'est pas facile à accepter comme religion, quels que soient les motifs de cette difficulté. Ils sont alors tout disposés à mettre en question les concepts mêmes de religion, de méditation, d'écoles, faisant preuve d'une transparence culturelle.

" Dans le monde, le dualisme s'est accentué entre le matérialisme d'un côté, et, de l'autre, des systèmes que sont devenues les religions trop spiritualistes et psychologiques, sans approfondissement physiologique. Le corps et l'esprit doivent être unis et non en opposition. Une tradition religieuse seulement spirituelle oublie l'importance du corps et de la matière ". Ces paroles de Deshimaru illustrent, au moins en partie, un des adages qu'il répétait souvent: " Le Zen est la pratique de la religion; la religion avant la religion ". Dans un territoire idéologisé, il est très difficile d'accepter une religion lorsqu'elle se propose aussi comme idéologie; de même, on éprouve de fortes réticences à se joindre aux rites, à accepter les normes morales. Suzuki Roshi affirmait: " En Chine, avant Hyakujo (720-814), les bouddhistes Zen n'avaient pas de préceptes particuliers. Les préceptes ont deux aspects: l'un est négatif (ce sont des interdictions), l'autre est régénérateur, il régénère notre esprit (Shoaku Makusa, Shuzen Bugyo) " (6).

Je pense que nous trouverons nécessairement des voies, mais ce sera difficile, cela ne se fera pas en une seule fois. Nous trouverons des préceptes, avec leurs deux aspects, car c'est un point important de notre pratique: aider les autres et les aider à s'aider eux-mêmes. Avec l'art de vivre qui est le nôtre, nous encouragerons les gens à avoir une vie spirituelle mieux adaptée à ce qu'ils sont.

Dans une civilisation consumée par le dualisme qui s'exprime partout, pacifier la souffrance de l'existence humaine à un niveau très ordinaire est d'actualité, comme ce l'a toujours été. L'homme moderne tente d'exorciser la faiblesse, la maladie, la peur de l'échec, de mille manières, par la technologie et la science, de la biologie à la psychologie, pour en venir jusqu'à certaines formes d'extase religieuse. Mais il s'élève rarement jusqu'à une foi orthodoxe, même lorsqu'il a l'intuition que seule la vérité la plus haute pourra l'émanciper définitivement de la souffrance.

un travail long et parfois douloureux

Indiscutablement, les difficultés rencontrées dans la transmission du bouddhisme sont diverses et nombreuses. Elles ne peuvent se réduire à des problèmes purement théoriques et intellectuels. Le processus à mettre en oeuvre doit se faire aussi culturel, entendant par là un art de vivre, des moeurs et des coutumes partagées par une large partie de la population. Si l'orthodoxie est maintenue par la relation entre un Maître et un disciple, elle est sans aucun doute favorisée par des facteurs culturels. Ainsi, par exemple, les " rencontres " soudaines du Denkoroku (Recueil de la transmission de la lumière) sont toujours portées jusqu'à leur accomplissement par un travail long et parfois douloureux. Cette relation entre Maître et disciple va du simple respect jusqu'à l'intime communion interpersonnelle, comme dans le Zen et le bouddhisme tibétain. L'important est ici d'assurer la succession légitime et sans rupture avec la dynastie et les traits propres des Bouddhas et des Prédécesseurs. Chercher superficiellement en dehors de cette tradition, c'est risquer de priver l'enseignement de son pouvoir de transformation. On ne peut alors plus toucher l'intime, le coeur. Tout se dissout et perd sa saveur originelle. Il est d'autres cas aussi où se donne un enseignement toujours condescendant, qui n'entretient l'intérêt qu'en proposant sans cesse de nouvelles doctrines.

T.P. Kasulis, du département de philosophie de l'Université de Hawaï, dans le chapitre final de son Zen Action, Zen Person (1981), introduit l'idée d'un humanisme zen, non sans quelque pessimisme d'ailleurs, car " les Occidentaux sont restés davantage influencés par les descriptions du Zen que par le bouddhisme lui-même ". Cela pourrait sembler marquer le peu d'importance qu'ont, pour cet auteur, les efforts déployés par les leaders bouddhistes ces dernières années, mais en fait il mesure bien leur ardeur et, entre ses lignes, on trouve des présages de bon augure pour l'avenir.

tel l'art chez les extra-terrestres

Supposons que des extra-terrestres découvrent sur la Terre un phénomène totalement étranger à leur planète, par exemple l'art. Dans un premier temps, ils en font chez eux des comptes-rendus enthousiastes et l'art terrestre devient un thème à la mode, très populaire: on en discute, on en écrit. Des reproductions photographiques d'oeuvres d'art, peintures ou sculptures, sont importées; finalement, les artistes eux-mêmes sont invités. Ceux-ci reçoivent un accueil enthousiaste sur la nouvelle planète, mais se retrouvent bientôt consternés et mécontents : dans l'ensemble, les extra-terrestres manifestent plus d'intérêt pour les conférences sur l'art que pour l'art lui-même. Il en est pourtant quelques-uns qui commencent à tourner autour des ateliers et qui s'y risquent, mais ils ne peuvent faire autre chose que d'imiter le travail de leurs maîtres. Dépourvus de toute culture, ils restent incapables de distinguer la camelote des chefs-d'oeuvre. Quant aux artistes, ils se désolent de cet effort ingrat qu'il leur faut faire pour introduire l'art dans une culture sans art. Au fond, ils ne savent être artistes que dans un monde qui a déjà appris ce que c'est que l'art, qui en est déjà tout imprégné.

Cet apologue angoissant suggère qu'il faut une période intermédiaire, probablement longue et douloureuse, pour qu'une foi nouvelle pousse ses racines. Existe-t-il des " laboratoires pour la foi " ? Ici, le bouddhisme paraît rejoindre l'expérience des autres traditions religieuses: sans laboratoires, sans forges spirituelles, il est difficilè d'édifier une culture et de façonner un authentique esprit religieux. Divers signes manifestent désormais l'amorce d'un tel processus. Des centres, petits ou grands se multiplient, non sans peine, dans un terrain socio-culturel qui ne peut plus les ignorer et dont ils se doivent de tenir compte. Les monastères, véritables forges de spiritualité, sont peut-être les premiers buts atteints sur un long cheminement.
taiten guareschi
(1). Boddhidarma: le 28e Patriarche Indien, le V de la succession chinoise. il fut le troisième fils du roi de Koshi, un pays du Sud de l'inde. Sa biographie est obscure. Traditionnellement, on pense qu'il est arrivé en Chine en 520, à envlrorr 60 ans. Après sa rencontre avec l'Empereur Bu, qui ne le reconnut pas, il se retira au temple de Shaoiin, et pratiqua la méditation assise face au mur pendant neuf ans, dans l'attente du vrai disciple. Bien que la tradition Zen commence en réalité avec Bouddha Shakyamuni, nombreux sont ceux qui font directement référence à Boddhidarma. Il mourut en 528 ou 536.

(2). Mahayana: Ecole du Grand Véhicule, connue également comme Ecole du Nord, diffusée au Tibet, en Mongolle, en Corée et au Japon. Elle insiste sur l'accueil de tous (laïcs et prêtres, hommes et femmes) comme disciples de Bouddha aptes à réaliser le Parfait Evell.

(3). Dogen (1200-1253): le fondateur de l'Ecole du bouddhisme Zen Soto au Japon.

(4). Les cinq Skandas sont les forces conditionnées physiques et mentales, toujours changeantes, qui forment l'être ou l'individu: forme, sensation, per-ceptlon, impulsion d'agir et connaissance. Selon le profond Eveil du Bouddha, c'est cet agrégat transitoire qui fixe le sens du £ moi..

(5). Rinzai “ connu comme Lin-Chi en chinois, est mort en 866. Disciple de Huang-Po, il est à l'origine de l'Ecole du bouddhisme Zen Rinzai au Japon.

(6). Hyakujo Ekai: connu comme Pai-Chang en chinois, est mort on 814 à l'âge de 95 ans. Il organisa la Règle des Monastères Zen au Japon (Hyakujo Shlngi), mais cette compilation est aujourd'hui perdue.

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